11 pages Mauvaises herbes X


Mauvaises herbes
- Dima ABDALLAH
- Sabine Wespieser

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Auteur

Dima ABDALLAH
Née au Liban en 1977, Dima Abdallah vit à Paris depuis 1989. Après des études d’archéologie, elle s’est spécialisée dans l’antiquité tardive. Mauvaises Herbes est son premier roman.
Résumé

À l’extérieur, le bruit des tirs s’intensifie. Rassemblés dans la cour de l’école, les élèves attendent en larmes l’arrivée de leurs parents. La narratrice, six ans au début du roman, reste à l’écart. Elle ne pleure pas, se réjouit au contraire de retrouver avant la fin de la classe « son géant ». La main accrochée à un de ses grands doigts, elle est convaincue de parvenir sans crainte à traverser le chaos.
Ne pas se plaindre, cacher sa peur, se taire, quitter à la hâte un appartement pour un autre tout aussi provisoire, l’enfant née à Beyrouth pendant la guerre civile s’y est tôt habituée. Même si son père s’efforce de la faire rire avec ses blagues et si, dans les coins de verdure qu’inlassablement il recrée à chaque déménagement, il l’initie à l’amour de ses plants de marjolaine, de jasmin ou d’origan, la petite fille précoce comprend vite que son pouvoir n’a rien de démesuré. Dans son pays ravagé, dans sa ville divisée, cet intellectuel, qui a le tort de n’être d’aucune faction, d’aucun parti, d’aucune appartenance religieuse, n’a à offrir que son angoisse, sa lucidité et son silence à ses enfants et à leur mère.
Sans lui, qui ne peut se résoudre à abandonner sa terre, la famille va s’exiler à Paris, alors que la narratrice a douze ans. Collégienne brillante, jeune fille en rupture de ban, puis jeune femme, elle non plus ne se sentira jamais d’aucun groupe, elle aussi continuera de trouver refuge auprès des arbres, des fleurs et de ses chères adventices, ces mauvaises herbes qu’elle se garde bien d’arracher.
Du combat que ne cesseront de se livrer en elle la mémoire et l’oubli, l’auteure de ce beau premier roman de résistance intime rend un compte précis et bouleversant. Impossible pour elle de ne se souvenir que du légendaire cerisier de sa grand-mère… c’est avec une enfance en ruine qu’il lui faudra mener une bataille permanente.
Ici, la tendresse dit son nom dans une main que l’on serre ou dans un effluve de jasmin, comme autant de petites victoires quotidiennes sur un corps colonisé par le passé.